Sarah Hughes & Kostis Kilymis - The Good Life (consumer waste, 2012)

6h00 du matin, je me lève, et je pense tout de suite à ce disque que j'ai encore envie d'écouter. Pourtant, ça fait déjà quelques jours qu'il tourne en boucle, mais je me plais vraiment bien dans cet univers, je n'ai pas envie de passer à autre chose. Il y a un aspect magistral et puissant dans ce duo, et c'est peut-être du à la facilité déconcertante avec laquelle les deux musiciens évitent soigneusement les écueils et les habitudes propres de l'eai ou de la noise: je pense notamment aux fétiches de l'urgence et de l'agression sonore. Ici, Sarah Hughes (cithare) et Kostis Kilymis (table de mixage bouclée sur elle-même) nous offrent au contraire une musique calme, gracieuse et poétique. 

Deux pièces grandement improvisées composent ce disque donc: 'Fossils and things' puis 'Puissy Riot'. La première est basée sur de longues notes interminables, sur des nappes fines et sombres qui me rappelaient par certains moments certains sons contemplatifs utilisés par Oren Ambarchi. Les cordes de la cithare sont délicatement frottées jusqu'à devenir indiscernables des fréquences de Kilymis, et ce dernier use souvent de sons simples, monocordes, à tendance lo-fi et glitch. De manière générale, les deux musiciens utilisent des sons simples, d'une intensité faible, et la musique est plutôt aérée et contemplative, voire statique, bien qu'elle soit tout de même ponctuée d'évènements minimalistes et inattendus.

Puis vient 'Pussy Riot' - qui n'est une référence au groupe russe que par le titre. Si j'avais surtout l'impression que les strates étaient égales sur la première piste, où que Kilymis était au premier plan lorsqu'elles se divisaient, c'est ici au tour de Sarah Hughes d'être au premier plan. Sur un fond sonore encore sombre et statique qui ressemble par moments aux bruitages du Cheval de Turin (je pense au vent obsédant), Sarah Hughes dépose une lente mélodie poétique et délicate, une mélodie lumineuse et bouleversante. Ici, les cordes sont dorénavant pincées, les attaques sont précises et intenses, et l'espace laissé à la résonance n'est que grâce. L'histoire évoquée par cette musique fantomatique est mélancolique, on s'y attache. Et j'aime m'y perdre, car c'est inattendu, intime, poétique, singulier et incroyablement intense.

Hautement recommandé!

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