Graham Lambkin - Community

Un livret plein de collages avec les textes utilisés durant le disque, des formats courts sur le premier disque, de nombreux invités qui jouent divers instruments (saxophone, violon, violoncelle) ou parlent : il y a quelque chose de très pop dans ce nouveau solo de Graham Lambkin. L'utilisation fréquente d'enregistrements trouvés ainsi que l'omniprésence de la voix pourraient d'une certaine manière faire penser à un mixte entre Alessandro Bosetti et Marc Baron, mais Community semble se situer encore ailleurs : dans un paysage électroacoustique décalé et unique.

Graham Lambkin ne joue pas sur la musicalité de la voix ou la mélodie propre aux phrases, ni sur l'historicité et la distance des enregistrements. Il utilise des fragments de texte, des vieilles bandes musicales, des enregistrements très courts et quelques manipulations électroniques qu'il superpose les uns sur les autres pour former des collages à l'image de la pochette. Des collages qui utilisent des matières premières très concrètes, très réalistes, mais qui finissent complètement découpés, disloqués, superposés et décalés pour former  des constructions bizarres et sauvages, rudes et extrêmes, malgré la simplicité et la douceur des éléments juxtaposés.

Ceci-dit, quand je parle de collages, il ne faut pas non plus s'imaginer les découpages speed et abrupts de Sec_ ou eRikm, ni les assemblages psychoacoustiques de Dave Phillips, les montages de Graham Lambkin se font de manière beaucoup plus délicate et souple. Il ne s'agit pas de puissance, de rapidité ni même de puissance ou d'intensité. Il s'agit surtout de créer des univers loufoques, de créer des mondes décalés où des éléments qui n'ont rien à faire ensemble se cotoient en toute simplicité. La confrontation de mondes mélodiques et instrumentaux avec des récitations monotones de textes/poèmes, ou avec des enregistrements très concrets de cloches, d'enfants, aussi bien qu'avec des manipulations électroniques abstraites et austères, construit des univers franchement décalés et incongrus. Tout se fait en douceur, calmement, sans verser dans le minimalisme non plus, mais le résultat est détonnant.

Le résultat de tout ça, c'est un des meilleurs disques de musique électroacoustique que j'ai pu entendre ces dernières années. Une musique aussi personnelle et unique que peut l'être celle de Dave Phillips ou celle de Marc Baron, aussi étonnante et fraiche que Songs about nothing de Jason Lescalleet. Graham Lambkin a su construire sur ces deux disques (ou un selon l'édition) une musique électroacoustique décalée qui a quelque chose de la SF kitsch et expérimentale, de la pop ou de la musique concrète déconstruite. Tout est découpé comme un vulgaire journal pour fabriquer une suite de scènes franchement étranges et intrigantes, des scènes qui éveillent et surprennent, des scènes musicales personnelles et hallucinées, des trips électroacoustiques déroutants et frais.

(Concernant l'édition, Community est la première collaboration entre erstwhile et un autre label. Si erstwhile ne publie que des CD, Graham Lambkin ne publie que des LP sur son label Kye, et Community a donc été publié par chaque label soit en vinyle, soit en CD. A noter cependant que l'édition erstwhile propose un disque "bonus" avec une longue pièce de 40 minutes supplémentaire.)


GRAHAM LAMBKIN - Community (2CD/LP, erstwhile/Kye, 2016)

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