Coppice - Preamble to Newly Cemented Dedication to Freedom

Dès les premiers sons de ce nouveau disque du duo Coppice, on pense aux étranges synthèses de Rashad Becker, avant de plonger dans des modules électroniques proches d'un dub à la Hey-O-Hansen, voire dans les installations recyclées de Matmos. Oui ça fait beaucoup de comparaisons dès les premières lignes, mais les trois morceaux présentés sur ce nouveau mini disque changent vraiment des précédents Coppice.

Pas de vieux orgues recyclés, ni de ghetto blaster et de cassettes, juste des synthés modulaires et quelques objets sont utilisés sur Preamble to Newly Cemented Dedication to Freedom. Noé Cuéllar et Jospeh Kramer produisent ici une "musique sensuelle" faite de boucles mélodiques filtrées et de beats légers et métalliques. Ils choisissent une nouvelle direction, ou plusieurs directions, plus douce, plus électronique. Une direction qui paraît plus facile d'accès, de par ses mélodies lentes et décalées, avec ses rythmiques claires et électroniques, mais qui reste toujours aussi créative et unique. Coppice n'essaye pas de faire de la musique électronique "facile", ils continuent de défricher des territoires sonores jamais explorés, de créer une musique personnelle et forte, de proposer quelque chose d'inouï et d'unique en somme. C'est peut-être court, très court, et ça peut paraître facile, ou léger, mais ce disque n'en reste pas moins un disque qui se reconnaît entre mille, un disque créatif et puissant fait de trois propositions fortes et nouvelles.


COPPICE - Preamble to Newly Cemented Dedication to Freedom (mini CD, Aposiopèse, 2016)


Ghédalia Tazartès, Paweł Romańczuk, Andrzej Załęski - Carp's Head

Le parcours de Ghédalia Tazartès est tortueux. C'est le moins qu'on puisse dire, il est aussi tortueux que sa musique en fait. Cette espèce de poète sonore apparu dans les années 70 est une figure de l'ombre des musiques alternatives françaises. Il n'a jamais appartenu à aucune scène et s'est toujours détaché de tout mouvement, il a aussi pu quitter le monde musical pendant 10 ans pour y revenir dans les années 2000. Et jusqu'à cette période, il a toujours composé et réalisé ses disques seuls, avec quelques invités pour l'accompagner quand même, mais c'était sa musique, celle qu'il rêvait, qu'il composait, une musique furieuse et tropicale qui puisait ses sources dans le punk, le blues, le RIO,  l'underground, la musique concrète et le free jazz. Tazartès a toujours su surprendre, et les années 2010 nous surprendont encore pour les collaborations inédites qui voient le jour sous différents labels. Car après Super Disque  en compagnie de Jac Berrocal et David Fenech, Alpes avec les français GOL, Vooruit avec Chris Corsano et Dennis Tyfus, Ghédalia Tazartès nous propose maintenant un nouveau trio avec deux musiciens polonais issus de l'avant-garde : le multi-instrumentiste Paweł Romańczuk, et le percussionniste Andrzej Załęski.

Cette nouvelle collaboration nous entraîne sur des territoires "connus". Il s'agit toujours de folklores imaginaires, de musiques traditionnelles imaginées, de blues à la Tazartès. Mais l'imagination de ce musicien français complètement hors-norme et quelque peu déjanté semble comme bridé par ses nouveaux collaborateurs. Romańczuk et Załęski n'empêchent pas Tazartès de s'exprimer, non, ils le soutiennent et semblent le respecter profondément. Ils aiment sa musique et s'adaptent parfaitement à la personnalité unique de Tazartès, à sa voix primitive et ses incantations uniques. Seulement, tous les trois ont fait le choix de produire une musique très claire, très cadrée, une musique mélodique et rythmée simplement. On a l'impression que Tazartès collabore avec un duo pop-rock parfois, même si on est très loin de ça au final. Car au final, on est toujours dans une sorte d'art brut composé avec une multitude d'instruments et un chanteur unique, un art brut qui puise ses racines dans le blues et la musique populaire polonaise, où les éructations rauques de Tazartès s'entretiennent avec des accordéons, des guimbardes, des guitares, des violons, des percussions, ainsi qu'avec des "objets sonores" étranges.

Dans Carp's Head, on a neuf pistes qui forment autant d'univers singuliers, oniriques et fantasmés. Cette collaboration n'offre pas un nouveau tournant, mais une autre facette de ce que la musique de Tazartès peut être. On retrouve un Tazartès plus calme, plus cadré, mais aussi plus clair, un Tazartès qui choisit chaque direction avec prudence. Cette collaboration nous permet de découvrir deux instrumentistes polonais singuliers, qui comme Tazartès, ne s'arrêtent à aucune étiquette, et n'ont  peur de franchir aucune barrière. Trois artistes en somme qui créent une musique unique, une musique qui ne nie pas son histoire et ne cherche surtout pas à s'en détacher, une musique qui revisite l'histoire, qui revisite les traditions et les folklores, avec romantisme, musicalité, émotion et imagination.


GHÈDALIA TAZARTÈS / PAWEŁ ROMAŃCZUK / ANDRZEJ ZAŁĘSKI - Carp's Head (LP, Monotype, 2016)